Dans Ranma ½, même si d'autres thèmes comme la relation amoureuse entre Ranma et Akane, ou encore les différents combats entre personnages masculins la plupart du temps font le succès du manga, Ranma ½ ne serait pas ce qu'il est sans cet incroyable ingrédient que Takahashi manie à la perfection dans quasiment chacune de ses oeuvres : l'humour.
En effet, il s'agit de donner un "ton", une saveur plutôt relevée à cette oeuvre, et la "patte" Takahashi c'est justement de pouvoir insérer des éléments humoristiques qui permettent de dérider le lecteur et de ne pas trop prendre au sérieux les différents chapitres de Ranma ½. Même dans les situations dramatiques, on retrouvera toujours une petite pointe d'humour qui vient souvent à contre-courant de ce que le lecteur attend.
Or, si les thèmes de Ranma ½ sont rarement cloisonnés (l'amour et les combats se retrouvent souvent dans le même contexte) on peut tout de même dire que l'humour est l'aspect le plus omniprésent, puisque quelque soit le contexte, on le retrouve automatiquement, parfois arrivant comme un cheveu sur la soupe.
L'humour n'agit pas uniquement comme agent influent sur l'ambiance générale du manga, c'est aussi un catalyseur, et un élément très important qui affecte directement le cours de l'histoire et qui a bien souvent des conséquences sur la suite des événements. L'histoire, loin d'être seulement accompagnée d'une note d'humour, est conditionnée par ce dernier. Cela ajoute du piquant et des revirements bien souvent décoiffants !
En résumé, l'humour affecte bien souvent au grand dam de nos personnages préférés les relations qui les unissent.
Rumiko Takahashi, on l'avait déjà vu avec Urusei Yatsura et Maison Ikkoku, est une grande spécialiste de l'humour, toujours présent dans ses oeuvres, à l'exception des Mermaids. Cet humour est, dirais-je "typique" et aisément reconnaissable tant à la fois sur le plan graphique (nous le verrons dans la codification que Takahashi emploie pour ses éléments humoristiques) que sur le plan des événements parlant.
Tout d'abord, Rumiko Takahashi aime bien employer l'humour dans des situations souvent analogues, c'est-à-dire des situations figées, ou en non-mouvement, qu'il convient soit d'achever dans la normalité soit de "casser" en introduisant un élément perturbateur, et dans ce cas là l'humour. C'est ainsi souvent dans les situations romantiques ou les moments dramatiques que l'on assiste souvent à un élément humoristique voire ridicule changer l'ambiance du tout au tout !
Un effet de surprise très largement utilisé, qui a pour but de dédramatiser des situations, fait de l'humour de Ranma ½ un humour très décalé. Généralement un moment de flottement et un déchaînement de péripéties où tel ou tel personnage "s'en prend plein la tronche"! Pour autant, l'art de la dédramatisation intervient toujours de telle manière que même si l'on est habitué des oeuvres de Takahashi, on peut rarement prévoir un retournement de situation (à moins de déjà connaître le passage concerné).
Cela garde donc tout l'intérêt de l'histoire, et l'humour introduit une incertitude quant à la suite des événements, ce qui a le mérite de "plonger" le lecteur dans l'oeuvre.
On l'a déjà souligné, ce qui fait le succès des oeuvres de Takahashi, ce sont avant tout les personnages avec tout ce qu'ils comportent (apparence, personnalité, histoire propre) qui sont soit charismatiques, ou que le lecteur peut comprendre voire même auxquels s'identifier! En ce sens, l'humour le plus percutant ne pouvait être que l'humour centré sur les personnages!
Par là, on entend plusieurs procédés et plusieurs faits :
- Des personnages intrinsèquement humoristiques, de par leur personnalité ou leur apparence caricaturée à l'extrême : Kuno, Happosai pour ne citer qu'eux.
- Des personnages pas forcément humoristiques en soi, mais que l'humour vient fortement affecter. Le meilleur exemple étant par exemple Nodoka. Une femme charmante et douce, très droite, mais qui peut aussi pêter les plombs en brandissant son sabre, ou bien être d'une stupidité bien remarquable (en ce qui concerne son fils, par exemple). Les sautes d'humeur de Nodoka sont bien connues, et contribuent largement à en faire un personnage bien plus attachant qu'un simple personnage maternel, car ses interventions s'en retrouvent toujours dignes d'intérêt.
- Un humour graphiquement centré sur les personnages, et principalement sur les mimiques, bien typiques à Takahashi! Outre l'utilisation assez rare du Heno Heno Moheji, le retrécissement de la pupille, la pose d'ombre autour des personnages, la "Oyakusoku Posu" et bien d'autres éléments graphiques viennent signifier au lecteur le sentiment qui habite les personnages d'une manière exagérée et donc sous un abord comique. Ce n'est toutefois pas une culture de l'excès ou de l'hyperbole, car cela reste savamment utilisé et s'accorde généralement parfaitement avec l'atmosphère qui règne au moment des faits.
Takahashi a tout de même recours à des procédés graphiques assez variés, mais si elle établit au bout du compte une codification graphique à laquelle le lecteur finit par s'habituer sans toutefois s'en lasser. D'autres éléments plus communs dans le monde des mangas comme les pleurs intensifs (bien que ceux de Soun soient tout de même assez particuliers, la pose des mains et du visage étant bien caractéristiques) ou encore la grosse goutte derrière la tête (caractéristique de l'embarras ou de l'incompréhension décalée comique) viennent enrichir le "vocabulaire visuel" de l'oeuvre pour la gestion de l'humour.
Outre le fait de donner à ses personnages une dimension comique qui les rend, en même temps que le manga, très attachants, Rumiko Takahashi a également le don de créer des situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres, plongeant souvent les personnages dans l'embarras ou le quiproquo, le lecteur dans un moment de flottement avant l'éclat de rire, ou au pire, le pouffement. C'est par l'élaboration de scénarios plutôt complexes que Takahashi arrive à déchaîner d'un seul coup un torrent de péripéties humoristiques sur ses personnages qui sont souvent pris de court.
Le quiproquo semble être l' "arme" favorite de Takahashi, mais il en existe bien d'autres, la plupart du temps l'humour s'alliant à la surprise que ces situations provoquent. Et ce toujours dans un style très décalé, très dédramatisant si besoin est. Parfois difficile à cerner au premier abord, le comique de situation ne comporte pas de codification graphique.