La Boxe

Rumiko Takahashi a choisi la boxe comme base à son manga One Pound Gospel. Outre la relation entre Soeur Angela et Kosaku Hatanaka, la boxe occupe une place très importante dans l'oeuvre puisqu'elle est au coeur de l'histoire. Il est convenable de nous intéresser un petit peu à ce sport, à ses origines, à son histoire et à quelques uns des grands combattants ayant changé le cours de l'histoire afin de comprendre au mieux l'inspiration de Rumiko Takahashi. Nous parlerons principalement de la boxe anglaise (le type de boxe que l'on retrouve dans One Pound Gospel) et évoquerons brièvement les autres catégories constituant ce vaste monde sportif.

I - L'ancêtre de la boxe: le pugilat

Littéralement, on peut désigner le pugilat comme un "combat à coups de poing". Ce type de combat est très ancien et les combats à poings nus les plus vieux dateraient de la période sumérienne, c'est-à-dire de 3500 à 1500 avant J-C. Des archéologues retrouvèrent des tablettes d'argile représentant des lutteurs et boxeurs, aux environs de Bagdad. Cependant, les évènements marquants du pugilat et ses premiers grands boxeurs apparurent en Grèce, et non pas en Irak. Certains auteurs se seront par exemple inspirés de cet art dans leur oeuvre. Homère par exemple, à travers l'Odyssée (écrit vers 850 avant J-C.) inclut un combat datant d'environ 1100 avant J-C. (période du siège de Troie). Toutefois, le pugilat ne fait sa véritable apparition dans les jeux Olympiques qu'en 688 avant J-C., à partir de sa 23ème édition. Ce fut d'ailleurs le vainqueur de cette édition, Onomaste de Smyrne, qui aurait instauré les quelques premières règles du pugilat (il est à noter que ces épreuves n'étaient réservées qu'à la noblesse masculine, donc à une partie restreinte de la population).

Les adversaires étaient peu (voire pas) vêtus et utilisaient des lanières de cuir (appelées "myrmex") qu'ils attachaient autour de leurs mains. Ces lanières étaient quelquefois complétées par des boules de plomb ("leste") installées afin que les coups soient plus puissants et qu'ils aient plus d'impact. Les romains apportèrent aussi leur pierre à l'édifice en inventant le sac de sable (toujours utilisé aujourd'hui, même si il existe d'autres accessoires de ce type tel que le sac de frappe ou "punching-ball") ou encore les jeux basés sur l'esquive. Néanmoins, le pugilat n'est pas autorisé par le pouvoir (politique et religieux) de l'époque et sombre dans l'oubli. La découverte de l'Orient très raffiné par les chevaliers occidentaux un peu barbares éveille, en plus, leur goût pour l'art, pour le confort et pour le luxe, tout ceci contribuant à la disparition du pugilat. Ce dernier refera surface au courant du XVIIIème siècle avec la boxe anglaise.

II - L'après-pugilat alias la boxe anglaise

Basée sur le pugilat et organisée par des parieurs, la boxe anglaise est apparue au XVIIIème siècle, celle-ci se pratiquait sur un ring de 7,30 m de côté, soit d'un périmètre de 29,20 m. L'anglais du nom de James Figg fut, en 1719, le premier boxeur reconnu comme champion de la catégorie poids lourd. Le marquis de Queensberry instaura plusieurs règles qu'il rédigea en 1857: celles-ci n'autorisaient guère le combat à mains nues, le corps à corps et toutes ces pratiques ne demandant qu'à utiliser la force. Les rencontres étaient divisées en rounds, de trois minutes chacun, qui étaient en plus de cela séparés par une minute de repos. John L. Sullivan fut le dernier champion de catégorie poids lourd à main nues en 1889. Il perdit son titre de champion du monde en septembre 1892 en combattant avec des gants, comme l'imposaient les règles de Queensberry.

Au cours du XXème siècle, les organismes nationaux et internationaux décidèrent de contrôler la boxe de façon beaucoup plus pointilleuse qu'auparavant. Ainsi, les matches pouvaient aller jusque douze rounds en championnat et jusque quinze en championnat mondial. Un système de comptage des points fut également mis en place afin de déterminer le vainqueur dans les combats qui ne se finissaient pas par K.O.

Un match de boxe se déroule de la façon suivante: deux adversaires s'affrontent selon des règles établies et sous le contrôle d'une équipe de juges (chronométreur, arbitre, etc.). Chaque combattant a pour objectif de frapper l'autre (dans le visage et au torse) afin de le faire tomber ou de le mettre à genoux plus de dix secondes. Si dix secondes passent et qu'il ne se relève pas, celui-ci est alors vaincu. Si l'un des deux hommes tombe, il doit donc se relever avant le temps imparti. Une fois relevé, le combat peut reprendre. Le match peut aussi se terminer pour d'autres raisons que celles évoquées précédemment: l'un des deux opposants est en effet déclaré vaincu si il quitte le ring (en particulier d'une façon injustifiée, et sans que l'arbitre le lui ait autorisé) ou qu'il tombe sans avoir subi le moindre coup.

III - Les techniques offensives, défensives et les catégories de poids

Comme pour chaque sport, la boxe possède certaines techniques qui lui sont propres, aussi bien offensives que défensives.

LES TECHNIQUES OFFENSIVES

Le direct: Le direct est un coup horizontal que l'on donne avec le bras gauche (généralement utilisé à partir d'une garde normale) ou le droit. Il sert surtout à ouvrir la garde de son adversaire et à prendre sa distance. Il se porte au corps comme au visage.
Le crochet: Le crochet se donne avec le bras légèrement plié. La courbe décrite par le poing se termine la plupart du temps sur les côtés du visage ou éventuellement sur le buste. Pour plus d'efficacité, une rotation du buste est nécessaire lorsque le boxeur donne le coup.
L'uppercut: Ce coup assez semblable au crochet se donne de bas en haut. Le bras du boxeur doit être plié afin d'entraîner l'épaule. Le buste suit la rotation imposée et le coup parvient au corps ou au menton.
La remise: Il s'agit d'une technique offensive qui suit une attaque adverse et qui utilise le temps mort dont le boxeur qui vient de terminer son attaque a besoin pour revenir sur sa garde.
Le contre: Le boxeur est en position défensive et lorsqu'il reçoit le coup de son adversaire, il contre-attaque aussitôt afin de pénétrer sa garde, alors ouverte.

LES TECHNIQUES DEFENSIVES

Le blocage: La technique d'esquive la plus classique: le boxeur cherche, via cette technique, à repousser les coups de son adversaire à l'aide de ses bras et de ses poings. Ainsi une main ouverte peut repousser un direct alors qu'un coude peut quant à lui stopper un crochet.
Le chassé: En utilisant le chassé, le boxeur cherche à dévier les coups de son adversaire avec ses poings.
L'accompagnement: L'accompagnement repose sur l'art d'effectuer des retraits (notamment en ce qui concerne la tête) afin de limiter l'impact des coups et de se protéger au mieux lorsqu'aucune des autres techniques défensives n'est envisageable.
L'esquive: L'esquive consiste à "cacher" la partie du corps exposée au coup en effectuant un déplacement. Le fait de coulisser permet alors d'éviter de recevoir le coup.

LES CATÉGORIES DE POIDS

CATEGORIES
POIDS
Mi-Mouche
- 48 kg
Mouche
- 51 kg
Coq
- 54 kg
Plume
- 57 kg
Super-Plume
- 57/60 kg
Légers
- 60 kg
Super-Légers
- 63,5 kg
Mi-Moyens
- 67 kg
Super-Mi-Moyens
- 71 kg
Moyens
- 75 kg
Mi-Lourds
- 81 kg
Lourds
+ 81 kg
Super-Lourds
+ 95 kg

IV - La boxe dans l'oeuvre de Rumiko Takahashi

Rumiko Takahashi s'est servie de la boxe (anglaise) pour écrire son manga. Tout part de là et ce sport constitue le coeur de l'histoire. Dans Ranma 1/2, elle a aussi une approche des sports de combat, mais plutôt des arts martiaux. A contrario, dans One Pound Gospel, celle-ci prend pour base un sport davantage pratiqué en occident et ce dernier a une importance fondamentale dans le manga. On y retrouve les vraies règles du sport et les techniques utilisées par les combattants existent réellement, il en est de même pour les catégories de poids directement empruntées de la réalité. Même si One Pound Gospel est un manga, la boxe est représentée d'une façon réaliste et rien n'est laissé au hasard. Rumiko Takahashi a été très sérieuse dans son entreprise et outre les combats, celle-ci fait évoluer ses personnages dans un monde risqué et assez imprévisible, tout comme le monde du sport. On peut par exemple penser au moment où le coach Mukaida est sur le point d'abandonner Kosaku, voire de démissionner. Les clubs sportifs connaissent (comme tout le monde d'ailleurs) tous des périodes de crise, de remise en question et de doute. Rumiko alterne donc, passant d'un registre comique que nous procure les bêtises de Kosaku, à un registre plus dramatique qui résulte cette fois de la conséquence de ses âneries. Celle-ci s'est prise très au sérieux pour réaliser une oeuvre juste et fidèle à la réalité et même si son manga est en majeure partie poilant, il n'est pas comparable par exemple à Noritaka, le Roi de la Baston, manga Murata Hamori et Hideo Murata.

Enfin, Rumiko Takahashi a cherché à être la plus réaliste possible une fois de plus en reproduisant la salle Omnisport de Korakuen. Effectivement, la plupart des matches du manga se déroulent dans cette salle. En voici une photo:

Rumiko Takahashi s'est donc servie de ce sport occidental qu'est la boxe comme base à One Pound Gospel et a su le faire d'une manière très subtile même si elle ne fut pas la première à le faire, le manga Ashita No Joe (de Tetsuya Chiba et Asao Takamori) ayant déjà lancé ce phénomène dès 1968.

V - Les différents types de boxe

Outre la boxe anglaise, trois autres types de boxe ne sont pas à négliger et constituent un pôle assez conséquent.

La boxe française: La boxe française est née de la boxe anglaise et de la savate et permet l'utilisation des pieds et des poings. Elle était à l'origine usitée dans les combats de rue mais elle fut modifiée par Michel Casseux, un professeur de l'époque, en 1820. Ce type de boxe fut popularisé au XIXème siècle et a mené à l'apparition de plusieurs fédérations au XXème siècle. Un match est composé de trois reprises de deux minutes.

La boxe thaïlandaise: Avant de devenir un sport populaire, la boxe thaïlandaise était une technique militaire utilisée par les rois pour régler certains conflits. Durant le XVIIIème siècle, la Thaïlande connut quelques paisibles instants et Prachao Gua (dit le "roi tigre") forçait ses soldats à s'entraîner à la boxe thaïlandaise. Ce sport devint ainsi un sport très pratiqué. Les blessures trop fréquentes engendrées par ce sport firent qu'il fut proscrit. Il fit à nouveau son apparition vers 1930 en utilisant les fondements de la boxe anglaise.

Le kick-boxing: Le kick-boxing est apparu au Japon après les jeux olympiques de 1964. Ce sport mélange les techniques de poing utilisées en boxe anglaise aux techniques de pieds principalement usitées dans les arts martiaux. Au tout début des années 1970, les arts martiaux se répandent au Etats-Unis. Dans ce type de combat, les coups sont vraiment portés et l'objectif est de mettre l'adversaire K.O. Néanmoins, la plupart des combats se basent sur les points. Les matches sont composés de trois rounds de dix minutes. Le combat peut bien entendu se terminer avant la fin du temps imparti si il y a K.O.