Les stéréotypes takahashistes

Kyoko Otonashi

Les stéréotypes sont assez courant dans le monde du manga. Les héros le sont d'ailleurs plus particulièrement. Dans les shônens, on rencontre soit le jeune homme impétueux et volontaire, soit le grand timide gaffeur au possible. Dans les shojos, ce sont généralement des jeunes filles romantiques et courageuses. Je pense qu'il est inutile de donner des exemples, car chacun retrouvera facilement des personnages à assimiler à ces descriptions. Attention, je ne dis pas qu'il n'y a pas des exceptions, mais en étudiant votre bibliothèque, vous trouverez forcément des personnages au caractère, voir au physique, similaire.

Les séries de Rumiko Takahashi n'échappent pas à la règle. Avec une biographie aussi large que la sienne, il est en effet difficile de ne pas donner à ses personnages des traits de caractères semblables à ceux utilisées dans d'autres oeuvres. J'irai même plus loin dans mon analyse. Elle utilise de véritables stéréotypes pour encadrer ses personnages principaux. Ce sont ces stéréotypes « takahashistes » que nous allons analyser, en nous focalisant tout particulièrement sur les personnages de Maison Ikkoku.

Mais avant cela, j'aimerais revenir sur les personnages principaux. Le cas de Kyoko et Godai est assez particulier. Bien sûr, on retrouve chez eux des traits de caractères chers à Rumiko Takahashi : la jalousie de Kyoko n'est pas sans rappeler celle de Shinobu ou d'Akane, de même, le fait que Godai ne sache pas rejeter ses prétendantes se rapproche très fortement des réactions de Ranma. Mais ces traits de caractères communs ne permettent pas de parler de stéréotypes.
Pour ma part, je trouve les héros de Takahashi très différents les uns des autres. Pour les personnages secondaires, je ne dis pas, mais pour les héros, Rumiko Takahashi s'est vraiment efforcé de leur donner un caractère propre à chacun. Beaucoup de personnes rapprochent Inu-Yasha et Ranma. Bien sûr, ils ont leur fougue et leur force de commun, mais à côté, ils ne réagissent absolument pas pareil. De même, si Lum et Shampoo se ressemblent énormément au début, c'est tout simplement pour des raisons de marketing. Ranma 1/2, ayant un peu de mal à démarrer, amener un personnage tel que Shampoo, avec des traits de caractère très proches de Lum, personnage fétiche de l'époque de Takahashi, a permis de booster les ventes. Mais ceux qui connaissent un peu les deux histoires savent que leur personnalité n'évolue absolument pas de la même façon avec le temps. Voilà quelques exemples qu'il est important de signaler avant que je ne commence mon analyse. C'est donc sur les personnages secondaires que je vais me focaliser.

Mais revenons-en à Maison Ikkoku. Cette série est, comme toutes les séries de Takahashi, riche en personnages de tout genre qui gravitent autour du couple héros. Chacun a une personnalité bien précise qui permet de faire avancer l'histoire des deux héros. Si on a l'impression qu'ils ne savent que leur mettre des bâtons dans les roues, c'est pour mieux tromper le lecteur. En fait, ce sont eux qui portent le couple à maturité.
Ces stéréotypes, que ce soit dans Maison Ikkoku ou dans une autre série de Takahashi, sont donc présents dans l'histoire parce que leur personnalité pré-formatée permet d'amener facilement le lecteur là où l'auteur souhaite qu'il aille. Il faut un rival pour que Godai puisse prouver sa valeur, comme il faut un pot de colle pour que Kyoko soit jalouse. C'est mathématique. L'arrivée d'un nouveau personnage doit pouvoir faire penser au lecteur : « Oh, avec celui-là, ça va se passer comme ça ! ». L'histoire n'en devient pas moins intéressante, au contraire ! Le lecteur ne sait en effet pas quand et comment les personnages vont agir. Mais ça lui laisse une grande part d'imagination en attendant le prochain chapitre.

Mais trêve d'introduction, entrons maintenant dans le vif du sujet en étudiant les différents stéréotypes « takahashistes » rencontrés dans Maison Ikkoku.

1/ Le pervers

Dans Maison Ikkoku : Yotsuya
Dans les autres séries : Ataru (Urusei Yatsura), Happosai (Ranma 1/2), Miroku (Inu Yasha)

Le pervers est un type de personnage très affectionné par Rumiko Takahashi. On le retrouve sans problème dans toutes ses grandes séries et il est souvent prétexte à une bonne de dose de délire.

Dans le cas de Maison Ikkoku, c'est Yotsuya qui joue ce rôle. Personnage mystérieux et complexe, sa perversité est bien la seule chose qui soit claire dans sa personnalité. Chez lui, elle se traduit par un voyeurisme flagrant avec sa manie de faire des trous dans les cloisons, d'écouter aux portes et tout ce qu'il s'ensuit. Sa cible préférée est bien entendu la charmante Akémi qui ne s'en soucie pas plus que ça et ne se plaint à la concierge que lorsque ça l'arrange. Comme moment culte, on notera notamment la séance de gymnastique d'Akémi et Kyoko où Godai est amené (malgré lui ?) par Yotsuya à jouer les voyeurs.

Il y a des pervers dans les séries de Rumiko, certes, mais ils sont tous très différents ; cela bien sûr au niveau de leur caractère, mais aussi au niveau de leur type et de leur degré de perversité. Nous avons donc Yotsuya le voyeur, Ataru l'accroc aux revues coquines, Happosai le fétichiste et enfin Miroku le peloteur. C'est donc un tableau assez conséquent des nombreuses facettes de la perversité que Rumiko nous présente dans ses séries. Sur ses personnages elle utilise une grande palette d'expression. Si Yotsuya et Miroku gardent un sérieux relatif dans les situations les plus incongrues, Ataru et Happosai affichent un regard débile et une bouche déformée.

Pour comprendre le rôle du pervers dans les oeuvres de Rumiko Takahashi, il faut d'abord assimiler le fait que la perversité n'est pas l'élément principal du caractère du personnage. Ce n'est qu'une facette de leur complexe personnalité. Elle permet à l'auteur de faire passer facilement son personnage d'une attitude des plus sérieuses et du discours le plus cohérent à un délire sans forme et sans nom. Là encore l'expression des visages et l'attitude des personnages jouent beaucoup. On verra ainsi Yotsuya dans sa position en tailleur avoir une conversation des plus sérieuses avec Godai, puis passer brusquement à une tête de deux pieds de long avec un regard des plus vicieux. Pour le lecteur, ça marche à tous les coups. C'est le four rire garanti.

2/ Le beau gosse

Dans Maison Ikkoku : Mitaka
Dans les autres séries : Mendô (Urusei Yatsura), Kuno (Ranma 1/2)

Qui peut résister au charme du Don Juan de service ? A priori personne, sauf... les héroïnes de Takahashi ! Elles semblent visiblement les seules à repousser les avances de l'incontournable beau gosse.

Commençons par Mitaka, l'omniprésent rival de Godai pour le coeur de Kyoko. Ce charmant jeune homme a vraiment tout pour lui : il est beau, riche, il a une situation et il est loin d'être bête. Et pourtant malgré ses nombreux atouts, Kyoko lui résiste... enfin cette résistance a des hauts et des bas. Elle est parfois tentée de se jeter dans ses bras, mais il y a toujours un petit quelque chose qui fait que non, décidément, ça ne va pas. De son côté Mitaka ne perd jamais espoir. Comme Godai, et tous les beaux gosses avant lui, il est du genre persévérant. Alors il n'hésite pas à multiplier les rendez-vous et sorties tout en jouant sur le côté fleurs et cadeaux. Il maîtrise à la perfection toutes les ficelles du parfait séducteur et plus d'une fille serait prête à tomber dans ses bras (Asuna la première). On le voit ainsi très souvent entouré d'une horde de groupies du cours de tennis. La scène où il est coincé sur son lit d'hôpital dans la même chambre que Godai et qu'il est assailli par ses admiratrices est absolument tordante. Mais au final, il n'a d'yeux que pour une seule femme : Kyoko.

Le beau gosse est véritablement un personnage incontournable des séries de Takahashi, car son rôle est tout tracé : il est le rival du héros de la série. Ses caractéristiques sont tout à fait celles de Mitaka : beau, riche, séducteur et persévérant. La réaction du héros à son en-contre est forcément de la jalousie, et celle de l'héroïne est de l'indifférence ou du rejet plus ou moins marqué. De toutes les héroïnes de Takahashi, Kyoko est celle qui se laisse le plus troubler par le beau Mitaka. Là où Lum considère Mendô comme un bon copain et Akané envoie Kuno dans les airs, Kyoko se laisse parfois aller à imaginer la vie avec ce très charmant homme. Le triangle amoureux qu'ils composent avec Godai est d'ailleurs la composante essentielle de l'histoire.

Que ce soit Godai où les autres héros takahashistes, ils sont tous aux antipodes du stéréotype du beau gosse. Godai en est le meilleur exemple : il a un physique commun, il est pauvre et timide. C'est donc un véritable challenge pour lui que de vouloir rivaliser avec Mitaka. Seuls sa persévérance et son bon fond naturel permettront de gagner le coeur de sa belle.

3/ Le sale gosse

Dans Maison Ikkoku : Kentaro
Dans les autres séries : Ten (Urusei Yatsura), Shippo (Inu Yasha)

Voilà maintenant un personnage des plus intéressants : chouchouté par les héroïnes, haï par les héros, le sale gosse arrive toujours à tirer son épingle du jeu. C'est d'ailleurs ce qui fait tout son charme.

Au début de Maison Ikkoku, Kentaro a une dizaine d'années. De par son caractère, sa physionomie et son don de casser les plans de Godai, il répond parfaitement aux critères du sale gosse. Il faut dire que ce pauvre enfant n'a pas une vie des plus faciles. Avec une mère comme Mme Ichinose, on peut comprendre que le garçonnet soit un peu perturbé. Heureusement pour lui, en grandissant (en âge, mais pas en taille ^^), il apprendra à faire la part des choses et à accepter ses parents comme ils sont. Mais bon au début, c'est vrai qu'il mène la vie à dure à ce pauvre Godai. Grimaces, langue tirée et tours pendables sont ses principales relations avec notre héros, et puis surtout, ne l'oublions pas, il a une très grande facilité à se coller dans les jupons de Kyoko, ce qui a le don d'énerver profondément notre héros.

Si l'on compare un peu les séries de Takahashi où apparaît ce type de personnage, on s'aperçoit que ce sale gosse tient véritablement sa place dans l'histoire. Il est souvent l'élément perturbateur qui amène le héros dans des situations cocasses et qui ridiculise notre héros aux yeux de sa dulcinée. De plus, son petit côté sérieux du genre, je réfléchis et j'essaye de comprendre le monde des adultes, est absolument adorable. Si les héroïnes craquent pour ce petit bout de chou, les lectrices aussi.

Le rôle du sale gosse est assez facile à comprendre. Sans vouloir jouer à Freud, l'enfant fait ressortir le côté maternel de l'héroïne qui n'arrête pas de le câliner. Au contraire, il agace énormément le héros puisqu'il prend en quelque sorte la place que celui-ci aimerait avoir auprès de l'héroïne. Cela amène mine de rien le héros à s'interroger et à se positionner sur son futur rôle de père s'il arrive à mener son histoire d'amour à bien. Je crois que dans le cas de Godai, c'est assez explicite.

4/ Le pot de colle

Dans Maison Ikkoku : Yagami
Dans les autres séries : Lum (Urusei Yatsura), Shampoo (Ranma 1/2)

Passons maintenant à un personnage fétiche de Rumiko Takahashi : le pot de colle. Ce type de personnage, toujours doté d'un caractère fort et d'un goût prononcé pour le conflit, est l'élément séparateur par excellence du couple de référence. De par son attitude des plus provocatrices, elle déclenche à tous les coups une crise de jalousie.

Yagami est d'ailleurs plutôt douée dans la matière. Si elle est assez sympathique au début en voulant aider Godai à tenir un peu la classe, elle prend véritablement son rôle de pot de colle lorsqu'elle croit le voir pleurer. La marque qu'elle laisse sur sa veste en partant est semblable au baiser de Shampoo. A partir de ce moment là, rien ne va plus. Elle est amoureuse et elle va tout faire pour conquérir son homme. Rien ne semble pouvoir l'arrêter : que ce soit la différence d'âge, le fait qu'il soit professeur, ou qu'il aime déjà quelqu'un, rien ne pourra la détourner de son objectif. Elle veut Godai et elle fera tout pour l'avoir. Elle utilisera tous les moyens en sa possession pour faire éclater une crise entre lui et Kyoko.
Plus qu'un béguin d'adolescente, c'est un véritable amour à sens unique que Takahashi nous présente avec ce personnage, car même à la fin de l'histoire, Yagami ne pourra toujours pas oublier son Monsieur Godai. Comme quoi l'amour n'attend pas le nombre des années !

Lorsqu'on est un bon pot de colle, tous les moyens sont bons pour se faire remarquer par l'élu de son coeur. En regardant les méthodes de séduction de Yagami, Lum et Shampoo, il est évident que des points communs apparaissent très clairement. Dans le manuel du parfait pot de colle, on pourrait ainsi noter : se jeter au cou de l'élu de son coeur, se retrouver en situation embarrassante avec lui, ne pas craindre de se dévêtir, débarquer chez lui à l'improviste, le présenter à ses parents et surtout, surtout, éliminer sa rivale. Mais bon, pour réussir toutes ces étapes, mieux vaut faire preuve d'une grande imagination et d'un sens de la débrouillardise aiguë. Vous l'aurez compris, les pots de colle sont loin d'être idiotes, ce qui signifie que pour elles tous les coups sont permis, et qu'il vaut mieux ne pas être dans leur ligne de mire.

Au final, il faut voir ces pots de colle comme des adversaires redoutables qui ne feront jamais de cadeaux à leur rivale. Dans le cas de Yagami, Kyoko sait pertinemment bien que la jeune fille n'est pas une rivale sérieuse, au contraire de Kozué, mais c'est avant tout le fait de la voir coller à Godai qui l'énerve par dessus tout. On retrouvera ce même type de comportement chez Shinobu ou Akané. En fait tel est le rôle du pot de colle dans les séries de Takahashi : aiguiser la jalousie des héroïnes et les pousser à reconnaître leur amour.

5/ l'ancêtre

Dans Maison Ikkoku : Yukari Godai
Dans les autres séries : Cherry (Urusei Yatsura), Happosai et Cologne (Ranma 1/2), Kaede (Inu Yasha), Risa Hoshino (Rumic Theater)

Là encore, voilà un personnage cher à Rumiko Takahashi. L'ancêtre, qu'il soit homme ou femme, est toujours primordial dans l'enchaînement des aventures des deux héros. Ce type de personnage est en fait un curieux mélange de sagesse et d'espièglerie, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont assez exceptionnels.

La grand-mère de Godai, Yukari, est d'après moi un personnage des plus sympathiques. Si sa façon de s'incruster chez son petit-fils est pour le moins surprenante, que dire alors de son comportement. Il faut le reconnaître, c'est une vraie tornade. Elle a aussi le don de mettre notre pauvre héros dans des situations les plus ridicules les unes que les autres devant sa chère concierge. Mais c'est aussi un personnage très attachant et on comprend véritablement sa peine lorsqu'elle quitte Godai et rentre chez elle. La scène sur le quai de la gare est somme toutes assez mémorable. Bien plus tard, lorsqu'elle retrouvera le jeune couple fiancé, son aide sera là aussi très précieuse. Mais jusqu'au bout elle ne pourra s'empêcher de jouer des tours à son petit-fils préféré.

Si on retire le cas de Kaede, qui malgré son physique vieillissant, est encore assez jeune, on constate que Rumiko Takahashi prend un grand plaisir à dessiner les personnes âgées. En prenant de l'âge, il est prouvé que le corps se tasse et que l'on perd quelques centimètres. De même le visage se ride et se creuse. Rumiko Takahashi pousse la caricature très loin puisqu'elle donne à ses personnages la taille de jeunes enfants et des visages quasiment simiesques. Au niveau du tempérament ils n'ont rien à envier aux plus jeunes. Ils débordent tous d'énergie et en profitent pour jouer des tours pendables aux héros. Le cas d'Happosai et Cologne est tout particulièrement représentatif car chez eux la caricature est vraiment poussée à l'extrême. Mais, ne l'oublions pas, ils sont avant tout de bon conseil. La connaissance de la vie due à leur âge leur permet de donner des conseils et de venir en aide aux héros en cas de besoin.

Alors même si ces personnages sont vraiment horripilants, on ne peut s'empêcher de les aimer. Ils montrent la vieillesse de façon positive et nous permettent de voir nos propres grands-parents avec un autre regard.

6/ l'animal de compagnie

Dans Maison Ikkoku : Soichiro
Dans les autres séries : Kitsune (Urusei Yatsura), P-Chan (Ranma 1/2), Kirara (Inu Yasha), Pitt (Rumic Theater), Gorgeous (Rumic Theater).

Rumiko Takahashi aime les animaux et elle le prouve dans chacune de ses oeuvres. Si l'animal de compagnie semble purement décoratif au premier abord, il est cependant très souvent un personnage clé dans le déroulement de l'histoire.

Le cas de Soichiro est assez flagrant. De par sa physionomie, il paraît âgé dès le début de l'histoire, mais lorsqu'on fait quelques calculs, il n'en est rien. Sachant que Kyoko l'a adopté lorsqu'elle était encore mariée, et qu'à la fin de l'histoire, comptons donc une bonne dizaine d'année, ce chien est toujours bien présent, cela signifie que cet animal a quand même une sacré longévité pour un corniaud. Mais revenons en au personnage. Ce pauvre chien est laid, très laid même. Il ne peut donc pas jouer le rôle de la « kawaï » petite bête comme le ferait un autre animal. Soichiro est aussi assez bête. Il ne répond pas à son nom et passe son temps à dormir et à manger lorsqu'il ne fugue pas. Vous me direz qu'il n'y a rien de surprenant dans cette description, car nous parlons avant tout d'un chien. Oui, mais si son caractère est insignifiant, c'est que son rôle est autre part. En fait le seul intérêt de l'animal réside dans son nom. Soichiro étant, je vous les rappelle, le nom du défunt mari de Kyoko, il est sujet à bon nombre de quiproquos et de situations incongrues.

Mais Rumiko Takahashi aiment bien utiliser des animaux beaucoup plus mignons que ne l'est ce pauvre Soichiro. Kitsune, P-Chan, Kirara ou encore Pitt sont vraiment adorables. En fait toutes ses oeuvres sont peuplées d'une faune assez intense où se mélangent animaux à poils et à plumes de toutes sortes. Si leur rôle est parfois purement figuratif et décoratif, ils peuvent aussi devenir véritablement acteurs au cours d'une histoire voir même tout au long d'une série. Le cas est particulièrement vrai dans Ranma ½ où les transformations d'être humains en animaux rajoutent une toute autre dimension au bestiaire de la série.

En fait, si l'animal de compagnie a un rôle plus ou moins figuratif dans le récit, il n'en a pas moins un rôle important. Il est aussi, à mon avis, un signe représentatif pour reconnaître un personnage au premier coup d'oeil. Les couples comme Kyoko/Soichiro, Akane/P-Chan ou Sango/Kirara sont très exploités pour bon nombre de Goodies et ce n'est pas pour rien. Dans le vaste monde du manga, le fait d'assimiler un personnage à son animal de compagnie, c'est l'adopter.

7/ l'ingénue

Dans Maison Ikkoku : Kozué et Asuna
Dans les autres séries : Oyuki (Urusei Yatsura), Kasumi (Ranma 1/2)

Je terminerai par un type de personnage assez difficile à cerner mais qu'on retrouve dans bon nombre des oeuvres de Takahashi, je veux parler de l'ingénue.

L'ingénue, comme vous l'avez remarqué, est au féminin, et on doit dire que Maison Ikkoku est assez bien servie puisque je rangerai deux de ses personnages dans cette catégorie : Kozué et Asuna. Bien évidemment, ces deux personnages n'ont absolument pas le même caractère, mais elles ont leur fraîcheur et leur naïveté en commun.
Commençons par Kozué. C'est une adorable jeune fille et deviendra une adorable jeune femme. Sa naïveté est assez exceptionnelle car il lui faudra près de 10 tomes pour s'apercevoir que Godai aime une autre femme. Et encore, ils rompront au départ sur un malentendu. Si je dis qu'elle est adorable, c'est que je ne trouve pas d'autres termes pour la qualifier. Elle est douce, généreuse, compréhensive, attentive, et pas du tout collante. Devant tant de qualités, on comprend que Godai n'ait jamais voulu lui faire de la peine.
Asuna, elle, est beaucoup, mais alors beaucoup plus réservée. Sa timidité excessive l'empêche de rentrer en contact avec Kyoko et de lui parler de Mitaka. Dans son cas, je rapprocherai son côté ingénu d'une certaine naïveté enfantine et d'un refus de grandir. Elle vit dans un cocon protégé avec ses parents et ses chiens et elle connaît peu le monde extérieur. Comme une enfant, elle rêve au prince charmant et celui-ci n'est autre que Mitaka. Elle l'aime, l'admire et ne lui voit aucun défaut.

En règle générale, ce stéréotype de jeunes filles ne présente qu'un intérêt très relatif aux séries de Takahashi. Si l'on prend les personnages d'Oyuki et de Kasumi, on s'aperçoit qu'elles sont très souvent spectatrices des aventures des héros et qu'elles ne deviennent actrices que très rarement. Le cas de Kozué et d'Asuna est donc assez particulier puisque dans Maison Ikkoku, elles jouent véritablement un rôle majeur dans l'histoire. Le fait qu'elles interfèrent dans le triangle amoureux créé par Kyoko/Godai/Mitaka les met sur le devant de la scène et les pousse plus ou moins volontairement à prendre leur destin en main.

Pour ma part, je dirai que dans les séries de Rumiko Takahashi, l'ingénue représente la jeune femme traditionnelle japonaise. Dans un pays qui essayent de faire cohabiter tradition et modernité, l'image classique de la jeune femme en kimono n'est absolument pas dépassée. Celle-ci est généralement bonne cuisinière, sait tenir une maison, et est plutôt réservée. Les ingénues de Takahashi reprennent ces caractéristiques et les laissent clairement transparaître dans leur comportement. Quelles que soient les situations auxquelles elles sont confrontées, elles acceptent les choses comme elles sont et ne se posent que très rarement de questions. Elles ont toujours le sourire et sont le meilleur réconfort des héros en cas de problème.