Analyse | Les grands moments
Dans un contexte global, tous les sentiments entre la concierge et l'étudiant sont officiellement révélés lors du dernier tome, la base de Maison Ikkoku, c'est l'amour entre Kyoko la veuve éprouvée et Godai l'étudiant malchanceux au grand cœur. Pour Godai, c'était évident, dès sa première apparition, le « raté », comme se plaisent à le dire tous les membres de la Pension (même Kyoko l'espace de quelques pages), est tombé sous le charme de la ravissante concierge. Il ne reste pas insensible à ce sourire qui semble le convaincre capable de défier n'importe quel obstacle, au point de demeurer à la Résidence avec les phénomènes qui lui servent de voisins. Mais pour Kyoko, elle a laissé planer l'incertitude pendant les neuf premiers livres, si elle a autant attendu et repoussé les demandes de Mitaka, pourtant issu de la classe aisée, c'est pour voir si Yusaku était digne des sentiments qu'elle lui portait. Pour Kyoko, le choix est déjà fait, mais pas encore confirmé. Il arrive que certaines crises de jalousie de Kyoko ou malentendus délient leurs langues, mais pas suffisamment pour déclencher le coup de foudre. Le malentendu est chose courante pour le couple et l'ensemble du manga, c'est lui qui déclenche toujours des quiproquos autour desquels Kyoko ou Yusaku se sentent embarrassés. Et Kyoko prend toujours la mouche, signifiant à Godai qu'il se doit de se justifier si celui-ci ne veut pas encaisser les foudres de la concierge. A de multiples reprises, Yusaku, fait les frais d'une tempête de jalousie, il se demandera si cette attitude ne montre pas combien Kyoko tient à lui... On pourrait aussi croire qu'elle lui en tiendra rigueur, mais cette jalousie se résumera au « sentiment d'un moment » car Kyoko sait combien son amoureux peut redresser la tête par sa seule présence. Mais il n'est jamais sûr de rien et le flou de Kyoko n'y est pas pour rien.
Officiellement, elle affirme ne rien éprouver pour ce « raté », même si parfois elle s'interroge sur ses propres motivations. Elle tient Yusaku sous surveillance étroite alors qu'elle déclare toujours le considérer comme un locataire normal. Godai, lui, cherchera toujours à savoir ce que la kanrinin (concierge en japonais) éprouve pour lui. Toujours plongé dans le doute, il n'aura de cesse de la protéger contre tout inopportun, surtout Mitaka, mais ce rôle de protecteur disparaît quand une prétendante apparaît, et là, il a bien du mal à bien paraître pour ces femmes, et ses hésitations se succédant à des silences n'auront de cesse de laisser aux autres la liberté de croire ce qu'ils/elles veulent. Il se débarrassera de cette étiquette à la fin et affirmera haut et fort le fond de sa pensée. (bien aidé par les circonstances, cette fois). Cependant, le souvenir de Sôichiro est récurrent en Kyoko, ce qui la trouble énormément. Son raisonnement est que si elle aime Godai, alors l'amour qu'elle aurait éprouvé pour son ancien époux ne serait que mensonge, chose à laquelle elle se refuse. C'est le principal motif de ses hésitations du début à la fin. Godai sera attentif à ce problème qu'il devra résoudre lui-même pour garder l'amour de Kyoko.
À l'arrivée de Kyoko, les choses tournaient au vinaigre pour Godai, éternellement victime du chahut de ses colocataires qui l'empêche de mener à bien ses études, décide de s'en aller. Mais à la vue de la nouvelle concierge, tout va changer en lui. Séduit immédiatement par le charme de Kyoko, il trouve en la beauté de la nouvelle kanrinin (concierge) les ressources mentales pour demeurer à la résidence. Kyoko a, de son côté, eut tôt fait de décortiquer le caractère des individus d'Ikkoku-kan et le caractère moins perturbé de Godai. Il apparaît évident qu'elle éprouve de la tendresse pour Yusaku, le considérant dès le départ comme un raté et voyeur (à tort sur ce point). Elle poussera celui-ci à être courageux, ce qui lui permettra d'enfin être reçu à l'université ! Godai pensera (à tort lui aussi) que cette aide lui donnerait le courage de séduire son ange salvateur, mais un obstacle de taille se présente face à lui, elle est veuve et le souvenir de son défunt mari est vivace. Les morts sont immortels, mais pas éternels et l'espoir de l'ex « ronin-san » (raté) sera que le souvenir se désagrège avec le temps. Au soir d'une soirée arrosée avec ses compagnons de fac, il hurle, en grand et dans la rue, ni plus ni moins, la nature des sentiments à l'égard de Kyoko. Le lendemain, il ne se souviendra pas lui avoir dit ça et pensera avoir dit autre chose (propos sans importance) à Kyoko.
L'arrivée de Mitaka va mettre véritablement mettre l'amour à jour et Godai va éprouver de la jalousie, chose qu'il n'avait jamais connu ici. Il avoue, avec culot, que ce Don Juan du tennis n'est pas le seul sur la liste. Début de la rivalité qui les tiendra en haleine jusqu'à la fin. Peu après apparaît Kozué, cette file ingénue va, dès sa première rencontre (impromptue) avec Kyoko, faire naître le sentiment de jalousie au sein de l'esprit de la concierge. Les esprits se sont échauffés et les acteurs sont en place pour l'histoire. Godai le maladroit et Kyoko la jalouse dévoilent une partie de leur caractère.
Kyoko commence à suivre le sillage de Godai, elle accepte ou vient voir Godai d'elle-même. Sans sa présence, elle s'ennuierait avec les phénomènes de la résidence. La scène des poupées à son université vaut le détour car le seul fait d'être avec elle l'empêche de se concentrer sur un autre sujet. Lors de grandes occasions, elle fera toujours appel à lui et lui en fera de même (quand les autres ne suivront pas le mouvement) car ce sont les 2 personnes les plus équilibrées de la résidence. L'apparition des parents de la concierge montre à quel point celle-ci est attachée à son emploi. Quand on aborde les sujets sensibles (Sôichiro) Godai la défend (à contrecoeur) et respecte les sentiments de Kyoko. Il ne cherche plus à précipiter les choses avec elle car il sait qu'il lui faudra du temps et des arguments pour conquérir ce cœur qui reste inaccessible pour le moment. Les événements s'écoulent doucement et les premiers malentendus (bénins) montrent à quel point Kyoko saute trop hâtivement aux conclusions, sans laisser le soin au responsable de se justifier. Ces relents de jalousie démontrent que Kyoko ne veut se permettre qu'on la trompe. Pour Godai, il est encore trop lâche pour éviter de se laisser entraîner par le cours des choses… |
Le cœur à géométrie variable de Kyoko se doit d'être quelques fois remis à l'endroit. Elle comprend qu'elle ne doit pas réagir au quart de tour, mais ce sentiment persécutera encore longtemps les victimes. Et pour rien au monde, elle ne veut qu'il se passe quelque chose entre Godai et Kozué, ce qui la soulage quand elle est avec Yusaku. Kyoko ne s'inquiète pas uniquement de ça, le départ de Godai sur base d'un malentendu la pousse à s'inquiéter du pourquoi. Mais de malentendus en malentendus, elle doute de Godai, mais elle éprouve quelque chose de spécial pour lui. Tout le moment qu'il n'était plus là, Kyoko n'a cessé de penser à la même personne. Le tour de force qu'elle réalise pour le ramener au bercail et le soigner prouve qu'elle considère sa présence comme un ballon d'oxygène pour elle. Le soir de Noël, elle n'a fait qu'attendre le retour de Godai pour vraiment être heureuse, d'autant que Yusaku lui a offert le cadeau qu'elle rêvait enfant. De plus, les rêves qu'elle réalise avec son étudiant favori attestent d'un attachement bien au-delà de l'amitié simple. Son inconscient a parlé pour elle…
Dans ce manga, une étape importante est franchie, la relation Kyoko – Godai n'est plus du tout platonique. Envoyé à l'hôpital par un pull de Kozué, les pensées de Yusaku vont toujours vers sa concierge, mais maintenant, on sent une Kyoko plus responsable de ses actes, mais c'est bien plus que de simples pensées : Kyoko se sent mieux auprès du centre de ses pensées qu'à la Résidence. Godai n'arrête pas de penser au probable sentiment de culpabilité que sa bien aimée ressent, au début, il n'a pas tort, mais le temps passant, on comprend qu'il occupe une place importante dans le cœur de Kyoko. Les baisers interrompus par l'extérieur (Locataires de la Résidence, Mitaka) empêche un dénouement prématuré ! L'aveu même de Kyoko (j'attendrai un an) confirme l'amour qu'elle ressent pour Yusaku, mais ce dernier n'est pas encore mûr (emploi) et décidé (rompre avec Kozué) pour que son amour ne fasse qu'un avec celui de sa partenaire. Si à ce moment précis, il n'avait eu de petite amie dans le dos, l'histoire s'en serait tenue à un point de non retour. Mais pour mériter l'amour de quelqu'un, il faut balayer devant sa porte pour lui faire honneur… |
L'amour de Kyoko – Godai n'est efficace que s'il sait faire face à des éléments extérieurs, l'arrivée de la petite Yagami Ibuki provoque une levée immédiate de boucliers de la part de Kyoko. Face à l'insistance et la ténacité de cette lycéenne sans culot et à priori comme Shampoo dans Ranma ½, Kyoko sait que cette fille n'a aucune chance avec Yusaku car le cœur de Godai est orienté vers le sien. Elle ne fait que le défendre tout au long de l'histoire. Pour un peu, elle pourrait dire « Godai est à moi et à personne d'autre ! » , mais elle sait que l'obstination de sa rivale n'a pas de fond. La principale avancée dans ce livre, c'est Kyoko qui entre en action pour protéger l'amour (inavoué) qu'elle a pour Godai et reconnaître l'amour que celui-ci a pour elle. Elle est la seule qui puisse agir pour éviter l'irréparable car elle sait Godai trop lâche pour être ferme. (donc, il n'est pas encore prêt !).
Le travail –enfin décroché– est, et Mitaka l'a bien compris mais ne renonce pas pour autant, la condition pour que Kyoko puisse accepter la demande en mariage de Godai. La société était trop fragile, donc, Yusaku a pu être diplômé, mais sans emploi. Kyoko ne s'empêche d'être peinée pour cela. Une suite de malentendus a failli provoquer la rupture du couple. Le mot de Kyoko était pourtant explicite (pourrez-vous être heureux sans moi ?). Le final du livre nous laisse sur la faim. Godai n'ose avouer à Kyoko qu'il n'a cessé de la poursuivre à travers le pays pour savoir le fond des sentiments de l'amour de sa vie !! C'est triste car jamais le dénouement ne fut aussi proche que là, ils étaient seuls, tous les deux… …avec le téléphone. |
Ibuki comprend enfin les sentiments que Kyoko éprouve pour Yusaku, elle se retire de sa lutte et laisse Kyoko seule face à ses tourments amoureux… Mais à peine après avoir cru décrocher un vrai travail à la garderie d'enfants, la réalité ramène le pauvre Godai à la cruelle vérité : il n'a pas de diplôme suffisant pour assurer son emploi et doit survivre avec un petit emploi dans un cabaret. Il n'ose avouer sa désillusion et Kyoko finit par comprendre le fond de l'affaire. Malgré ce qu'il lui cache, Kyoko continue à lui faire confiance, car elle sait qu'il fera tous les efforts possibles pour atteindre son but. De son côté Kyoko continue à repousser les demandes de Mitaka, plus pressantes… Après toutes ces épreuves, Kyoko décide d'attendre jusqu'à l'été et les examens de Godai pour rendre sa décision quant à son possible remariage.
Mitaka joue le tout pour le tout et tente en vain de mettre Kyoko à jour au cours d'une machination orchestrée par lui et les parents de Kyoko, la seule aide qui la sauve, c'est la confiance qu'elle a pour l'homme que représente Mitaka à ses yeux. Toute la soirée durant, elle pense à celui pour qui son cœur balance et se remplit de chagrin à repousser les avances et la ténacité d'un homme ne voulant que son bonheur… Après avoir cherché après Kyoko pendant tout la nuit, marqué par la confiance qu'il porte à la concierge, Yusaku teste cette confiance et Kyoko en fait de même. L'exemple de Tarô est admirable et cette scène démontre que leur confiance mutuelle les conduit à se tester l'un et l'autre pour vraiment savoir s'ils peuvent se faire confiance. Pour Mitaka, sur base d'un malentendu, c'est fini. Yusaku doit encore réussir ses examens d'éducateur et s'y applique sérieusement, pour prouver à Kyoko qu'il est plus motivé que jamais et que c'est sa vocation, il prend ses distances. Kyoko ressent peu à peu qu'elle peut le gêner et n'intervient plus! Pour en revenir à cette confiance, elle se retrouve ébranlée par l'indécision de Godai quant à Kozué. Et un malentendu va provoquer chez Kyoko un sentiment de trahison à l'égard de son amour propre. Godai devra agir en homme et chasser ses vieux démons (son indécision) pour mériter l'amour Kyoko. Qui ne dit pas que Kyoko veuille le mettre définitivement à l'épreuve ?
La fureur de Kyoko ne provoque pas la rupture, au contraire, comme pour toutes les fois qu'il n'était pas là, elle pense à lui. Devant l'insistance et le désespoir de Godai, elle comprend à quel point elle compte beaucoup pour lui, elle se sent profondément culpabilisée par son emportement irréfléchi et hâtif. Elle est prête à lui pardonner, mais Yusaku sait qu'en faisant cela, il romprait le souvenir de Sôichiro gravé dans le cœur de Kyoko. Godai a compris que sans Sôichiro, il perdrait la Kyoko qu'il a connu au début. Il concilie ce problème sur la tombe avec Kyoko derrière à l'espionner. La condition ajoutée par Kyoko pour le mariage est le gage ultime de la confiance qu'elle lui porte. Cette confiance, au départ mêlée de méfiance et de tests, est devenue aveugle par le consentement officiel de leur volonté. Plus rien ne pourra les troubler désormais.