La mort dans Maison Ikkoku

Kyoko

Grand thème philosophique occidental, la mort est souvent reprise dans les manga les plus connus, et généralement sous sa forme la plus violente, la plus sanglante, et des fois même la plus "fun". Dans Maison Ikkoku, paradoxalement, la mort est un thème récurrent mais constamment mise de côté et jamais exprimée de visu. Le thème de la mort est représenté exclusivement par le personnage de Sôichiro, mort peu avant le début de la série, à savoir 6 mois, et dont le spectre hantera l'histoire d'amour que vivront Kyoko et Godai.

I) La manière dont le thème est traité.

Contrairement aux folies meurtrières de certains personnages d'Inu-Yasha, ou de la violence de la Saga des sirènes, Maison Ikkoku aborde la mort sans l'aspect de violence auquel elle est attachée. C'est une mort fade, diffuse, difficile à cerner, mal définie. C'est d'autant plus tragique que c'est cette mort d'un personnage inconnu qui déclenche énormément de bouleversements. La relation de Kyoko à Sôichiro aura été beaucoup plus problématique pour Godai que sa relation avec Mitaka par exemple, ou bien les nombreux quiproquos qui ont joué contre leur rapprochement. Le personnage de Sôichiro plane comme une ombre funeste sur la tête de Kyoko qui se refuse à entamer toute nouvelle relation, et c'est justement en cela que Godai a relevé et remporté un défi énorme, ce qui donne plus de valeur à son attachement à la concierge de son coeur.

 

II) La perception des personnages.

KyokoLa mort de Sôichiro a évidemment eu des impacts variés sur les différents personnages de la série. Chez Kyoko, c'est la fin d'un monde, d'une époque qu'elle évoque souvent avec beaucoup de nostalgie, et, évidemment, de tristesse. Elle est également synonyme de grande souffrance, qui la poussera à se replier sur elle-même sentimentalement, même si elle restera une personne ouverte et jamais ternie par la noirceur de la mélancolie : Kyoko est une personne qui vit et qui respire la jeunesse, même si son passé de veuve semble lui coller à la peau avec insistance. Pour Godai, la mort de Sôichiro est avant tout synonyme de fatalité. A la fois défaitiste et déterminé à tout pour conquérir le coeur de Kyoko, Godai éprouvera des sentiments contrastés vis-à-vis de cet homme mort : jalousie, rancoeur, mais aussi... respect. Il y a évidemment le respect des morts qui est inscrit dans les traditions japonaises, mais aussi une grande ouverture d'esprit dans le personnage de Godai. Aussi, dans le dernier manga, celui-ci avoue à Kyoko ses sentiments par rapport à sa relation avec Sôichiro, il ne cache pas qu'il en souffre, mais cela ne l'empêche pas de se rendre au cimetière pour rendre hommage à l'homme qui fut celui de la femme qu'il aime, pour lui dire qu'effectivement, malgré la mort, ni l'amour ni les souvenirs que lui voue Kyoko ne s'éteindront jamais, mais qu'il a quelque chose d'autre à offrir, et qu'il le prendra avec elle. Une des scènes les plus émouvantes et les plus fortes du manga, à n'en point douter, car c'est un tournant de l'histoire, la dernière étape vers le bonheur de Kyoko et Godai. Dans l'entourage direct de Kyoko, la mort est souvent remise sur le tapis puisque sa mère lui rappelle souvent qu'elle devrait se remarier et oublier Sôichiro, tandis que son père aurait préféré ne jamais la voir souffrir de la sorte. Du même coup, la douleur étant déjà suffisamment atroce, la mort de Sôichiro déclenchera des conflits familiaux et des périodes de déprimes surtout pour Kyoko, qui a toujours été quelqu'un de fier et d'indépendant, voulant se démarquer de ses parents. Même si elle est connotée très négativement, Kyoko ne fuit pas pour autant la mort de son mari, elle l'a accepté et a toujours rendu hommage sur la tombe de son mari avec assiduité et beaucoup de sincérité. Elle reste très attachée à l'idée de fidélité et de respect.

 

III) Les scènes en rapport avec la mort.

Kyoko devant l'autel de SoichiroMême si son implication dans la vie de la relation entre nos deux héros est plus ou moins constante, la mort n'est pas constamment rappelée : elle intervient surtout dans plusieurs scènes. En général, elles se situent au cimetière où est enterré Sôichiro. Kyoko s'y rend souvent en compagnie de la famille Otonashi, en général sa belle-mère, son beau-père et sa belle-nièce, Ikuko.

Le premier coup de tonnerre intervient pour Godai lorsqu'il apprend que Kyoko est veuve, et que le fameux Sôichiro dont il entend parler depuis un petit moment n'est autre que le défunt mari de Kyoko. Plus tard, les choses se corseront lorsque la volonté de Kyoko de rester seule et fidèle à Sôichiro s'accentue vis-à-vis de l'obstination de ses parents. Par la suite, plusieurs scènes se dérouleront sur le cimetière, dont notamment Godai espionnant les dires de Kyoko, et la révélation finale de Godai qui accepte de "prendre Sôichiro avec Kyoko".

 

IV) Un message d'espoir.

EncensLa mort intervient indéniablement comme acteur dans la relation principale de l'histoire, mais pour autant, elle ne se limite pas à ça. Au travers du comportement des personnages, on sent que Rumiko Takahashi tient à faire passer un message. Ce message revêt de multiples aspects mais le principal est un message d'espoir, de triomphe de l'amour face à la mort, le triomphe de la ténacité de Godai par rapport à la suffisance de Mitaka, et la mise en valeur des notions de respect des morts et de nos prédécesseurs. On tire ainsi une moralité de Maison Ikkoku à travers le thème de la mort : c'est par la dévotion, le respect, le courage et la ténacité que Godai s'en est sorti, et non en usant de stratagèmes comme l'avait fait Mitaka à plusieurs reprises, et c'est de cette attitude qu'on voit la quintessence de l'amour.