Evolution du trait et du dessin

La carrière de Rumiko Takahashi s'est étendue à plus de 30 ans depuis ses grands débuts à l'aube de ses 20 ans. Au fil des différents mangas qu'elle a dessiné, son style a évolué de manière significative, passant d'un trait assez gras à un trait beaucoup plus fin, et plus proche des standards du mangaka d'aujourd'hui.

Ce qui frappe chez Takahashi, c'est Ô combien son style a pu être éloigné du style de ses contemporains, mais c'est justement cette originalité qui lui aura valu du succès, avec bien évidemment sa capacité à créer des personnages dotés d'une personnalité intéressante voire attachante.

Au moment où elle entame Maison Ikkoku, au tout début des années 80, le style de Rumiko Takahashi en est encore à ses prémices : le trait est gras voire grossier sur certains points, et les traits sont d'avantage courbés que la norme du standard japonais, faite de traits plutôt droits, tirés rapidement et sans hésitation. Même si Rumiko Takahashi elle-même admet préférer son style actuel plus élaboré et plus détaillé, de nombreux fans lui préfèrent le style de ses premières heures.

Le fait que le style Takahashi soit résolument éloigné du manga classique a été longtemps un frein à sa diffusion notamment en France (exception faite des séries animées, Juliette je t'aime et Ranma ½ ayant fait un véritable carton).

Les prémices (premier tiers).

Kyoko et Godai

Au début de M.I, les personnages semblent moins "beaux" que l'image qu'on retiendra d'eux vers la fin de la série. Mme Ichinose, pour le coup, est vraiment laide (elle est plus ramassée et sa tête est plus plate que par la suite, même si ça fait en même temps partie du personnage). Kyoko est souvent montrée plus "maquillée" que ce qu'elle ne le sera dans la suite de l'histoire, et Akemi nettement moins belle : il semblerait que Rumiko Takahashi ait voulu en faire avant tout une fille dévergondée avant d'être une fille sexy, ce qui ne sera pas non plus le cas par la suite, car Takahashi lui donnera un corps et une tête bien plus avantageux. Les personnages (bien qu'ils vieillissent naturellement par la suite) font vraiment plus enfantins.

Pour résumer, le style de MI est assez proche de celui d'Urusei Yatsura et même des premiers opus de Rumic World qu'elle développe en parallèle. En outre, les courbes sont simplifiées et il n'y a pas de grands détails "à la japonaise" sur les visages dans la première partie de MI.

Résidents

Evolution du trait (second tiers).

A partir du tome 4, avec l'apparition de nouveaux personnages et toujours plus d'intensité, Maison Ikkoku s'affine, l'histoire tend à se concentrer sur la relation entre Kyoko et Godai (mais moins que dans la série animée qui suivra). Kyoko fait de suite plus "adulte", de même que Godai dont l'apparence physique suit sa personnalité : il n'est plus un ronin, un étudiant raté, et même s'il est encore très loin d'être le "modèle social" de son rival Mitaka, il fait de son mieux et n'est pas dans une spirale négative. Du coup, son physique est plus élaboré, plus sérieux : on le voit de plus en plus comme un prétendant très sérieux pour Kyoko au fur et à mesure que l'histoire s'y attarde.

Kyoko embrasse Godai

Les planches d'une page qui illustrent les moments clés du manga deviennent vraiment très belles, les traits des visages sont soignés. Les décors, eux, ne changent pas vraiment (ils sont souvent faits par des assistants), mais l'ensemble est très bien équilibré, et on a un "style" Maison Ikkoku qui est né, et qui diffère de manière radicale du style Urusei Yatsura.

Un trait abouti (troisième tiers).

Bien que la dernière évolution soit moins remarquable, le style s'affine encore, les traits sont maintenant très matures, les personnages sont bien dessinés, et c'est ce style là qui sera connu par des millions de lecteurs dans le monde comme le style qui démarrera Ranma ½. Ce style inspirera également le character design de l'anime.

Kyoko