Les références culturelles dans Maison Ikkoku

Trouver un job

Jusqu'à des dernières années, les grandes entreprises ne se posaient pas de question. Elles recrutaient directement leurs salariés dans les grandes universités. Il y avait une sorte de marché entre les deux parties : l'entreprise offrait sécurité de l'emploi, logement et assurance maladie, en contre partie, le salarié se dévouait corps et âme à cette entreprise. Celui-ci passait d'ailleurs toute sa vie professionnelle dans cette même compagnie. Ce n'est pas pour rien qu'on parlait du « meshi, furo, futon » (manger, se doucher et dormir).
Aujourd'hui, la problématique est différente. Le lien très fort qui unissait une entreprise à son employé a été rompu. Licenciements, salaires plafonnés, mises au placard, travail précaire, tous ces éléments, quasiment inconnus jusqu'à présent par les Japonais, ont fait leur apparition.

Même si ces derniers mois le taux de chômage a baissé, le Japon compte environ 3 millions officiels de chômeurs (soit environ 5% de la population active), chiffre dérisoire aux yeux d'un français, mais auquel il faut ajouter les travailleurs précaires et autres CDD, puisqu'une personne travaillant une heure par semaine n'est pas comptabilisée dans les statistiques hebdomadaires.

Les temps changent, et les gens avec. Face à cette crise les jeunes d'aujourd'hui ne sont plus du tout dans la logique de dévotion totale à leur entreprise. Ils rêvent d'expériences et de mobilité. De plus, ils refusent de consacrer autant d'heures à leur travail que ne le faisaient leurs parents.

Parlons aussi des femmes. A la fin de leurs études, entre 20 et 24 ans, elles sont 74,1 % de la population active féminine à travailler. Elles s'arrêtent généralement de travailler à la naissance de leur premier enfant et ne reprennent que vers 40 ans, une fois l'enfant élevé, souvent pour compléter le revenu de la famille, car, rappelons-le, les études et les logements sont chers. Le Japon ne fait bien sûr par exception à la règle en matière de parité : pour un même niveau d'études et un profil identique, une jeune femme aura beaucoup plus de mal à trouver un emploi que son collègue masculin.

Trouver un job est difficile quel que soit le pays où l'on vit ; ce n'est un secret pour personne. Mais ce sont les spécificités japonaises qui nous intéressent plus particulièrement. Rumiko Takahashi nous décrit bien ce parcours du combattant en nous donnant Godai pour exemple. Une grande partie de l'intrigue est d'ailleurs liée à cette recherche d'emploi. Comment demander en mariage la femme qu'il aime sans travail ?
Nous allons donc étudier, comme le ferait un mini-guide, les différents moyens possibles pour trouver un emploi au Japon.

1/ … par sa fac

Depuis quelques années, dans les pays développés, les jeunes tardent de plus en plus à rentrer sur le marché du travail. Le Japon ne fait pas exception à la règle, bien au contraire. Il faut dire que les entreprises mettent la barre haute et que pour obtenir un bon et solide poste, le jeune japonais a intérêt à avoir un bon bagage de diplômes. C'est pour cela que le choix de son université est décisif pour son orientation future. Mais j'y reviendrai lorsque je vous parlerai du déroulement des études au Japon.

L'université est un précieux atout pour l'insertion professionnelle des jeunes. Plus elle est renommée, plus elle a de contacts avec de grandes entreprises, et donc plus elle a de chance de faire intégrer ses élèves. Ces partenariats se traduisent par des forums, des conférences, mais aussi directement par des offres d'emploi. On trouve assez fréquemment dans le hall principal des universités un ou plusieurs grands panneaux proposant des petits boulots mais aussi des postes beaucoup plus sérieux.

Le challenge pour les universités est de faire entrer « un » excellent élément dans une grande entreprise. Si l'entreprise s'en trouve satisfaite, un climat de confiance va s'installer entre l'entreprise et l'université, et elle n'hésitera pas à refaire appel par la suite à des étudiants de cette même université. Même si les mentalités commencent à changer, les entreprises japonaises aiment avoir leur « vivier » où elles viennent puiser à chaque période d'embauche leurs nouvelles recrues. Au final, ce démarchage à la sortie des universités représente environ 15% du marché du recrutement.

Avec le contexte économique actuel, on a vu aussi progresser le nombre d' « arubeitos ». Ce mot, qui est en fait une déformation de l'allemand « arbeit » (travail), désigne les travailleurs précaires, essentiellement dans le domaine des services, qui occupent les postes les plus ingrats de la société, aux horaires les plus folles (beaucoup de magasins sont ouverts 24h/24) pour un salaire dérisoire. Ces petits boulots sont de vraies mines d'or pour les boutiques et le petit commerce, car ils ne payent pas de charges sociales. Le salarié, lui, ne paye pas d'impôt, ce qui s'avère normal au vu de sa rémunération.
Ces petits boulots étaient autrefois généralement faits par des étudiants désireux de payer leur loyer, mais avec la conjoncture actuelle, ils touchent une couche beaucoup plus large de la population.

2/ … par les petites annonces

Même si c'est le moyen qui paraît le plus simple et le plus naturel, les petites annonces ne représentent que 20 % des offres sur le marché de l'emploi.

Pour chercher un job, il existe un certain nombre de journaux qui proposent des petites annoncent de qualité. On notera l'Asahi Shimbum, le Mainichi Shimbum, le Yomiuri Shimbum et le Nikke Shimbum. Voilà pour les journaux écrits en langue japonaise. Mais il existe aussi de nombreux journaux en langue anglaise à destination des étrangers pour la recherche d'emploi : le Japan Times, le Daily Yomiuri et le Asahi Evening News. Le plus célèbre est sans aucun doute le Japan Times qui propose des offres d'emploi tous les lundis. Si vous souhaitez travailler au Japon, impossible de passer à côté.

La recherche d'emploi sur le Web a aussi connu un véritable essor ces dernières années. Il existe des sites spécialisés comme Job Dragon, mais Yahoo Japon peut aussi être très efficace dans la recherche d'emploi. La plupart des entreprises ont aussi leur site web, et proposent de postuler en ligne à des postes souvent très ciblés.
Mais attention, si on est étranger ça se complique. Pour naviguer sur le web japonais mieux vaut avoir une bonne connaissance des kanjis. Il y a très peu de sites anglo-japonais, et même les grandes entreprises japonaises font rarement l'effort rarement l'effort d'offrir une version en anglais. Vous comprendrez que la recherche d'emplois via petites annonces est essentiellement réservée aux autochtones. Pour un étranger, mieux vaut avoir des contacts dans le pays.

3/ … par un cabinet de recrutement

Les cabinets de conseil en recrutement et les chasseurs de tête arrivent ensuite avec une part de marché aux environs de 16 %. Comme en France, ces cabinets sont très quottés.

Ils offrent la certitude pour les entreprises qui font appel à eux de ne recevoir que des candidatures de qualité et surtout ciblées au poste en question. Les entreprises évitent d'une part que leur département Ressources Humaines croulent sous les CV (qui font tous 4 pages), et d'autre part que le temps des managers, élément précieux, soit troublé par d'interminables séries d'entretiens. Pour ces entretiens on mobilise généralement les managers et les RH sur une ou deux journées où les postulants défilent les uns après les autres, comme chez le dentiste.

Si le cabinet utilise les mêmes méthodes qu'une entreprise normale, il met surtout l'accent sur les entretiens de personnalité et sur les tests en tout genre. Ceux-ci sont parfois si pointus qu'ils ressemblent très pour trait à des examens scolaires.

4/ … par les agences pour l'emploi

Les agences pour l'emploi se sont très sérieusement multipliées ces dix dernières années. On parle au Japon d' « Hallo Work ». Pour ce qui est de son fonctionnement, rien de très original par rapport à la France : on y pointe, on y passe des entretiens pour évaluer son profil, et on y cherche un emploi.

La rédaction du CV japonais étant un point assez particulier, je tiens à le détailler ici. Le CV japonais est très différent du CV français ou anglo-saxon. Il se présente sous la forme d'un formulaire de 4 pages et on peut l'acheter directement (vierge, bien entendu) dans le commerce ou dans une papeterie. On y retrouve bien évidemment les mêmes rubriques que dans un CV occidental à savoir : l'état civil, l'adresse, la formation, l'expérience professionnelle et les hobbies. La lettre de motivation n'existant pas, il est demandé dans le CV de faire part de ses motivations. Petites particularités japonaises : dans certains CV il peut aussi être demandé la profession des parents, le nombre de frères et soeurs, voir même son état de santé ! Dans tous les cas, il est nécessaire de coller sa photo. Avec l'avènement d'Internet, de plus en plus de japonais (surtout les jeunes) présentent leur CV sous format informatique. Il peut dans ce cas revêtir la forme traditionnelle manuscrite ou alors adopter le format occidental.

Avec les années de crise, les personnes de plus de 40 ans ont particulièrement été touchées par le chômage et peine à retrouver un emploi. Le premier étage des Hallo Works leur est consacré. C'est aussi l'étage le plus encombré. Cela s'explique par le fait que c'est la catégorie des travailleurs la plus coûteuse du fait justement du principe de rémunération à l'ancienneté. Il faut aussi ajouter qu'on leur propose beaucoup moins d'offres. Ainsi, dans le quartier de Shibuya à Tokyo, 65% des demandeurs d'emploi mâles ont plus de 45 ans, mais seulement 12 % des offres les concernent. On comprend mieux pourquoi certains seniors acceptent l'une des pratiques pour le moins douteuses des entreprises japonaises qui consistent à voir leur rémunération baissée. Ils préfèrent cela à la perte de leur emploi et aussi de leur honneur.

Le chômage des jeunes est aussi un fait nouveau pour les Japonais. Avec 10% de chômage pour les moins de 30 ans, ils ont été touchés de plein fouet par la crise. C'est pour cela qu'il s'est vu créer une « Young Hallo Work » à Shibuya (Tokyo). Young Hello Work est une toute nouvelle agence pour l'emploi, destinée aux jeunes et a déjà ouvert quatre autres succursales dans le pays. C'est pour dire l'importance du phénomène. Au final, pour pouvoir vivre correctement, les jeunes n'ont bien souvent pas d'autres choix que de devenir des arubeitos en espérant trouver un emploi rapidement.

5/ … par ses relations

Les contacts personnels est une autre grande méthode de recrutement. Ils représentent à eux-seuls 15 % du marché de l'emploi au Japon. Même s'il n'est jamais très agréable de se faire « pistonner », avec toujours le doute de ne pas avoir été recruté pour sa vraie valeur, les relations sont un élément facilitant l'embauche. Au Japon, la situation est d'autant plus vraie que la réputation des individus est l'un des biens les plus précieux d'une famille. Le fait de faire appel à des amis ou collègues pour la recherche d'un job prouve que ceux-ci ont confiance en vous et vous estiment.

Si l'on est étranger, avoir des contacts auprès de japonais est pratiquement obligatoire ; et ceci d'autant plus si on ne maîtrise pas bien la langue. D'une part, ils permettent d'éviter une grande partie des bavures causées par les différences culturelles, d'autre part, ils offrent un laisser-passer appréciable auprès de leur réseau de connaissance. Il ne faut pas oublier le côté pratique qu'offre ces connaissances, en particulier l'aide qu'ils peuvent apporter pour trouver un logement (je vous rappelle qu'il faut un garant pour louer un appartement au Japon). Et c'est vrai que sans le stress de savoir où on va dormir le soir et avec qui on va passer la soirée, la recherche d'emploi devient bien plus facile.

Revenir à la section culture