Les références culturelles dans Maison Ikkoku

Se loger

Ce n'est un secret pour personne : il est extrêmement difficile de se loger dans les grandes agglomérations japonaises. Que ce soit en tant qu'autochtone ou que touriste, allier calme, proximité, confort et prix raisonnable relève de l'impossible. De nombreux mangakas se sont inspirés de ce problème de société pour le temps d'une histoire (Ah ! My godess) voir même d'une série (Love Hina). Rumiko Takahashi, s'inspirant pour de nombreuses histoires du quotidien japonais, ne pouvait échapper à la règle, et Maison Ikkoku en est son meilleur exemple. C'est d'ailleurs sur une expérience vécue dans une pension familiale qu'elle a créé cette histoire.

Pour comprendre le problème du logement au Japon, il faut d'abord assimiler sa géographie. Rappelons donc tout d'abord quelques données physiques sur le Japon :

  • Un archipel de 4400 îles
  • 127 millions d'habitants
  • 377 000 km²
  • 378 h/km²
  • 1500 h/km² à Tokyo
  • Un territoire composé à 70% par des montagnes et des forêts

Si on y ajoute les raz de marées, les séismes, les crues et les éruptions volcaniques (il y a 265 volcans au Japon), on appréhende déjà mieux le sujet.

La difficulté à trouver à se loger varie aussi en fonction de la durée que l'on vise, de son statut et surtout de son salaire. Que ce soit pour un séjour, pour une année voir carrément pour la vie, les problèmes rencontrés ne sont pas les mêmes. C'est ce que je vais essayer de vous exposer dans cette partie en prenant l'exemple d'un personnage type pour chaque situation rencontrée.

1/ … pour un touriste

Alors commençons par notre premier personnage : le touriste. Il vient au Japon pour découvrir ce merveilleux pays, et la question du logement est sa première préoccupation lorsqu'il prépare son voyage. Plusieurs possibilités se présentent en effet à lui.

S'il souhaite loger dans un hôtel au confort occidental, il va lui falloir y mettre le prix. Les hôtels 4 ou 5 étoiles ne manquent pas dans les grandes métropoles. Il faut seulement avoir la possibilité de se les payer. Difficile dans ce cas de vous donner une fourchette de prix. Comptez pas moins de 28 000 yens la nuit (à peu près 200 euros).

Pour les plus petites bourses, on trouve les minshuku, qui sont des pensions de famille souvent de style japonais mais avec un confort occidental. Ils sont généralement bon marché (2500 à 8000 yens) et les prix peuvent même parfois comporter un ou deux repas, pris ensemble, dans une salle commune.

Mais si notre touriste veut jouer à fond la carte du dépaysement, les ryokan sont les plus appropriés. Ces auberges traditionnelles ont l'avantage de proposer des repas souvent raffinés et typiques dans un cadre des plus charmants. Les tatamis sont disposés comme il se doit par terre, dans des chambres traditionnelles, et les salles de bain sont généralement communes. Pour les ryokan, la fourchette de prix est très large puisqu'on peut trouver des auberges à 5000 yens la nuit tout comme à 40 000 yens. Tout dépend du type de standing que l'on recherche.

Pour les couples, mais uniquement pour les couples, les « love-hôtels » peuvent être une solution. Bien sûr, pour le côté dépaysant, on reviendra. Ce sont généralement des bâtiments extrêmement kitsch aux couleurs les plus flashy. Néanmoins, d'un point de vue purement pécuniaire, l'avantage de ces hôtels est qu'ils se payent à l'heure (vous m'avez compris), et qu'en arrivant vers 22h, et en repartant à 8h, on oscille généralement entre 6000 et 9000 euros la nuit à deux. Ramenez ce montant par personne, et vous verrez tout de suite l'intérêt. A noter que ces hôtels ne se trouvent pas seulement dans les grandes villes, mais que même les campagnes en possèdent.

Les temples peuvent aussi être un moyen original d'hébergement (shukubo). Les temples bouddhistes et shinto ont depuis la nuit des temps pris l'habitude d'accueillir les pèlerins. Pour une moyenne de 6000 yens la nuit, on compte aussi un petit déjeuner et un repas végétarien. Certains temples proposent même des initiations au zen et à la calligraphie. Néanmoins, cet hébergement est strictement réservé pour de cours séjours.

Dans le genre « loufoquerie japonaise », il faut aussi compter sur des hôtels-capsules. Ces hôtels exclusivement réservés aux hommes portent bien leur nom. On les trouve aux alentour des grandes gares et ils sont généralement utilisés lorsqu'on rate le dernier métro ou qu'on est trop bourré pour rentrer chez soi. Chaque capsule est munie d'un téléviseur, d'un cadran réveil et d'un système d'air climatisé. La salle de bien est, bien évidemment, commune. Faut juste pas être claustrophobe…

Pour fini, on notera que les prix des chambres ne se fait pas « à la chambre » mais au nombre de personnes qui l'occupent. Inutile donc de chercher à faire des économies en dormant à quatre dans une chambre pour deux. De plus, mis à part le grand standing, les prix ne comportent généralement aucun repas (même pas le petit déjeuner). Il ne faut donc pas hésiter à se renseigner. Voilà notre touriste prévenu.

2/ … pour un étudiant

Au niveau des autochtones, l'étudiant est sans aucun doute celui qui a le plus de mal à trouver un logement. S'il existe quelques universités possédant leurs propres structures d'hébergement, ce n'est malheureusement pas chose courante. La plupart des étudiants ne peuvent payer des loyers élevés et finissent par vivre dans des logements médiocres, avec de longs trajets en train ou en métro depuis l'école. Chaque année, pour les milliers d'étudiants c'est la même histoire. Cette chasse au logement est cause de stress et souvent de baisse des notes assez significative.

Pour trouver un appartement, mieux vaut généralement passer par une agence immobilière (fudôsan-ya). Mais il faut se rendre à l'évidence : les bonnes affaires sont rares, et tout ce qui est rare est cher. Au prix du loyer, il faut aussi ajouter la caution. C'est en effet une pratique courante dans les agences que de demander 3 à 4 mois de loyers de caution, généralement non remboursés. De plus, avec son absence de revenu, il faut très souvent qu'un membre de la famille ou un ami de l'étudiant se porte garant (hoshô-nin). Lorsqu'on prend en compte toutes ces charges, on comprend mieux l'absolue nécessité pour les étudiants de trouver un petit boulot. Inutile de préciser que les Japonais n'ont pas de CAF et que l'aide au logement des étudiants n'existe pas.

A ces appartements hors de prix, l'étudiant japonais préfèrera se retrouver dans une pension de famille (kokomin shukusha). Les pensions sont monnaies courantes au Japon, mais leur qualité et leur confort varient énormément de l'une à l'autre. Il s'agit généralement d'une grande maison de style traditionnelle où les propriétaires louent comme chambre les pièces qu'ils n'utilisent pas. Il s'agit très souvent de personnes âgées qui comblent ainsi le vide du départ de leurs enfants. La salle de bain et la salle à manger (les repas sont pris tous ensemble) sont communes, ce qui donnent vraiment un côté familial à la chose. Il arrive aussi que le propriétaire ne réside pas dans la pension. Dans ce cas là, c'est un gérant (ou concierge) qui se charge de la maintenance et de la collecte des loyers. Cette personne, très souvent un membre de la famille du propriétaire, est en fait le « responsable logistique » de la pension. A lui incombe le respect des règles (pour le couvre-feu par exemple) l'entretien des parties communes (jardin, toit, plomberie, etc…), et parfois aussi la cuisine. Cet hébergement est souvent prisé par les étudiants, car relativement bon marché, il permet aussi de garder l'ambiance d'une grande famille, et donc de rester encore un peu enfant…

Enfin, dernière solution pour notre étudiant fauché : rester vivre chez Papa et Maman ! Plus que tout autre pays, le Japon est touché par le phénomène « Tanguy » comme on le nomme en France. Pourquoi s'embeter à vivre dans un logement délabré, avec de nombreuses heures de transport en commun, et être forcé de trouver un petit boulot mal payé, alors qu'on est si bien chez ses parents ?
Le phénomène est si important que même une fois employés, ces jeunes gens continuent de vivre chez leurs parents, au grand bonheur des magasins, car ces jeunes, ne payant ni leur loyer, ni leur nourriture, possèdent un pouvoir d'achat énorme. Au final, c'est 10% des japonais, soit 10 millions de femmes et d'hommes entre 25 et 35 ans, qui vivent dans cette situation.

3/ … pour un salary-man

Si l'immobilier est particulièrement élevé au Japon, il est cependant l'un des seuls pays à ne pas avoir subi la hausse de l'immobilier de ces dernières années. Ainsi seul le début de l'année 2004 semble laisser entrevoir un nouveau départ de l'immobilier à la hausse. Il n'en reste pas moins que le Japon reste l'un des pays ou le m² est le plus cher au monde. Même si les chiffres datent de 1993, on peut voir clairement la différence de prix (au m²) pour un achat de résidence particulière neuve entre Tokyo et quelques grandes villes d'Europe :
Tokyo : 8 845 $/m²
Paris : 4 671 $/m²
Berlin : 2 930 $/m²
Rome : 5 384 $/m²

Ainsi, rares sont les japonais qui peuvent se venter d'être propriétaire. Notre salary-man a beau gagné un salaire conséquent (même si actuellement à cause de la stagnation, les salaires ont été revus à la baisse) et être peu exigeant au niveau de la taille de son futur logement (un studio japonais fait 6 tatamis soit environ de 18m²), il lui faudra attendre un certain nombre d'années de bons et loyaux services pour pouvoir acheter la maison ou l'appartement de ces rêves. En moyenne un japonais consacre 12,5 années de salaire pour s'acheter un toit, contre moins de 4 ans en occident. Ainsi en 1990, les banquiers n'hésitaient pas à faire emprunter leurs clients sur 100 ans.

La location sur longue durée est donc très courante au Japon. Malgré les mois de cautions demandés par les agences ou les propriétaires (entre 3 et 6 mois), ce qui augmentent sensiblement la facture, sur le long terme, la location est plus abordable. Il est très fréquent de voir des familles louer le même appartement pendant 10 ou 15 ans, et ceci sans même songer à chercher ailleurs ou à acheter. Les bons appartements sont rares, donc lorsqu'on en tient un, on ne le lâche pas.

Et si notre salary-man désire construire sa propre maison ? Inutile de dire que dans les grandes agglomérations, cela relève de l'impossible. Le moindre bout de terrain vague est utilisé, et si ce n'est pas le cas, c'est qu'il est considéré comme un « poumon vert » et donc qu'il est boisé. Non, si l'on veut vraiment construire sa maison, il faut s'éloigner des grandes villes et des banlieues et s'installer à la campagne. Là on peut espérer trouver des terrains abordables. Mais outre les traditionnelles contraintes sur les zones inondables, le respect du standing du quartier, notre futur propriétaire a tout intérêt à prévoir des mesures anti-sismique. Si pour la construction d'un immeuble, elles paraissent obligatoires, la moindre construction de maison nécessite le même soin.

4/ … pour une personne âgée

Le vieillissement de la population japonaise n'est un secret pour personne. Aujourd'hui 18,5% de la population japonaise (chiffre de 2003) rentre dans la catégorie « senior ». Le vieillissement de la société devrait se poursuivre à un rythme rapide : dans 15 ans, le pourcentage des plus de 65 ans devrait passer à 26,0 % et dans 50 ans à 37,5 %. Autant dire qu'ils représentent, et représenteront, une part importante de la population à loger.

Par son histoire et son esprit confucianiste, le Japonais prendra un plus grand soin de ses parents que ne le fait un occidental. Il y a des maisons de retraite, oui. Mais si l'on compare un japonais et un occidental au revenu limité, l'occidental enverra ses parents en maison de retraite, alors qu'un japonais les prendra chez eux (au grand bonheur de la belle fille). Cette réaction est encrée très profondément dans les mœurs et intervient souvent lors de la disparition d'un des deux parents. Le conjoint restant vient alors habiter chez son enfant, qui généralement n'a pas de frère et sœur au vue du taux de natalité au Japon.

Il n'en reste pas moins que toutes les personnes âgées ne souhaitent pas habiter chez leurs enfants. Et les entreprises ont rapidement vu l'intérêt de ce marché en plein essor. Il existe ainsi des firmes comme Zecs Co qui proposent des logements exclusivement réservés aux seniors. Ces appartements sont situés dans des quartiers résidentiels nommés Charming square résidence (si c'est pas joli). On y distingue deux types d'appartement : un pour les seniors autonomes et un pour les seniors dépendants. Généralement situés en banlieue, ils restent néanmoins proches des transports en commun et des centres de soins.

Revenir à la section culture